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Historique de l'ACO : comment tout a commencé
Toute organisation a ses origines, son histoire, son but.
L'Association canadienne des orthodontistes (ACO) ne fait pas exception.
Après des débuts quelque peu insolites, l'ACO a finalement
pris forme. La graine avait été semée en 1947, à
la faveur d'un cours d'études supérieures en orthodontie offert
par la Faculté de médecine dentaire de la University of
Toronto. Le mentor était le Dr Robert H.W. Strang, MD, DDS, orthodontiste
américain de renom, professeur et auteur d'un excellent manuel d'orthodontie.
Le Dr Strang avait lui-même été l'élève
du Dr Edward Hartley Angle à la Angle School of Orthodontia
en 1906 et admirait ce professeur brillant, souvent salué comme le
père de l'orthodontie moderne.
Plusieurs orthodontistes canadiens étaient inscrits
à ce programme d'une richesse de contenu indiscutable. Les liens
de camaraderie qui se sont tissés entre les Canadiens qui ont assisté
au cours du Dr Strang ont eu des retombées importantes pour les orthodontistes
qui exercent aujourd'hui. La pertinence de cet épisode ne saurait
mieux ressortir qu'au travers du témoignage du Dr Jack Abra, éminent
orthodontiste canadien de Winnipeg :
« Le cours avait duré autour d'une semaine
ou dix jours, et les séances duraient toute la journée et
reprenaient tous les soirs. Nous avions pris l'habitude d'aller dîner
tous ensemble, si bien qu'à la fin du cours nous nous étions
liés d'amitié les uns les autres, la plupart d'entre nous
ne se connaissant pas auparavant. Lorsque le cours s'est terminé
par un dernier dîner, les Canadiens ont décidé d'organiser
une réunion l'année suivante au congrès de l'American
Association of Orthodontists (AAO), qui devait se tenir à Columbus,
en Ohio. »
« Au congrès suivant, à Columbus, en
1948, c'est le Dr Rayburn McIntyre, de Calgrary, qui, à sa manière
inimitable, s'est fait l'hôte de la rencontre, avec l'assistance de
sa charmante épouse, Sibil. Si ma mémoire est bonne, une dizaine
d'entre nous étaient présents. Au cours de nos discussions
pleines d'enthousiasme, la création d'une association canadienne
d'orthodontistes parut souhaitable. Finalement, il fut entendu que chacun
de nous joindrait tous les orthodontistes qu'il connaissait au Canada et
les presserait d'assister au congrès suivant de l'AAO, qui devait
se tenir à New York. »
Comme prévu, 14 orthodontistes canadiens se réunirent
en marge du congrès suivant de l'AAO, à New York, préoccupés
avant tout par la formation d'une association canadienne. Un compte rendu
_ intitulé « Procès-verbal de la rencontre d'un groupe
d'orthodontistes canadiens tenue le 4 mai 1949, à l'hôtel Commodore,
à New York » _ témoigne de la rencontre. Étaient
présents les Drs Abra et Brownlee (Winnipeg), S.S. Crouch, Culbert,
Halderson, Shultis et Lesco (Toronto), Dixon et Hamilton (Ottawa), Foster
(Hamilton), Johns (Kingston), McIntyre (Calgary), Quigley (Edmonton), et
Geoffrion (Montréal).
Le Dr McIntyre fit provisoirement office de président
de l'assemblée et lança d'entrée de jeu le débat
sur la volonté et l'opportunité de créer une association
d'orthodontistes canadiens et sur la faisabilité d'une affiliation
à l'Association dentaire canadienne (ADC). Il fut décidé
de fonder une telle association et de tenir une assemblée annuelle
conjointement avec l'AAO, une pratique qui s'est poursuivie jusqu'en 1959.
Cet arrangement se révéla extrêmement profitable. L'AAO
était une très vaste organisation comptant littéralement
des milliers de membres. Les programmes scientifiques de ses congrès
étaient exceptionnels et réunissaient des conférenciers
éminents. Tous les progrès les plus récents dans les
connaissances cliniques et techniques y étaient habituellement discutés.
Les exposants présentaient l'équipement et la technologie
les plus perfectionnés. Enfin et surtout, le fait d'assister à
ces congrès fournissait aux orthodontistes canadiens l'occasion de
discuter de leurs idées et de leurs préoccupations professionnelles
avec leurs homologues américains.
À la première réunion de cette association
balbutiante, le Dr McIntyre a été élu président
intérimaire, et le Dr Dixon, secrétaire intérimaire.
Un comité de 4 personnes (les Drs McIntyre, Dixon, Fisk et Franklin)
nommé par le président fut également chargé
de rédiger une ébauche des statuts et règlements pour
la prochaine réunion, fixée à Chicago en 1950. Un second
comité, composé du président, du secrétaire
et des Drs Brownlee et Geoffrion, fut mis sur pied afin d'explorer les intentions
des différentes provinces en matière de régimes de
soins orthodontiques.
Ainsi, après une gestation de 12 mois, l'Association
canadienne des orthodontistes voyait le jour le 4 mai 1949, à l'hôtel
Commodore, à New York. Quatorze orthodontistes canadiens ont été
témoins de ce grand événement. Rétrospectivement,
il apparaît paradoxal que l'idée de former une association
canadienne d'orthodontistes ait germé, poussé et porté
ses fruits dans un pays étranger.
Dès les premières discussions, il ressortait
clairement que les orthodontistes étaient préoccupés
par le « projet de régime de soins de santé national
» qui était à l'ordre du jour du gouvernement fédéral
libéral de l'époque. Dans la première lettre qu'il
adressa à tous les orthodontistes canadiens, le Dr Dixon, secrétaire
de l'Association, s'empara de ce thème pour, de toute évidence,
piquer leur attention et viser au cur de leurs préoccupations. Voici
un extrait de cette lettre :
« Étant donné qu'il est à prévoir
qu'une certaine forme de régime national de soins de santé
sera mise en place et que le gouvernement exercera vraisemblablement un
certain degré de contrôle sur les pratiques privées,
nous, orthodontistes, avons décidé que nous pourrions défendre
au mieux nos intérêts dans les discussions avec les autorités
si nous nous groupions au sein d'une association qui se ferait notre porte-parole.
»
Un autre paragraphe intéressant de cette lettre
se lisait ainsi :
« Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir
répondre à la présente lettre en nous signifiant votre
désir d'adhérer ou de ne pas adhérer à cette
association. À cet effet, une cotisation provisoire d'UN DOLLAR est
demandée et payable immédiatement, si elle n'est pas déjà
acquittée ».
Les premiers états financiers de l'Association révèlent
que 35 orthodontistes payèrent alors leur cotisation d'un dollar.
Ce groupe initial a par la suite été reconnu par l'ACO comme
« groupe fondateur », et les médecins qui en faisaient
partie ont été nommés membres honoraires de l'Association
en 1982. On peut à bon droit se demander quel type de formation spécialisée
avaient suivie ces premiers membres. À cette période de l'évolution
de la spécialité _ et, en fait, depuis le début du
siècle _ les orthodontistes qui exerçaient au Canada et aux
États-Unis étaient des dentistes qui avaient reçu une
formation spécialisée sur le diagnostic et les techniques
cliniques orthodontiques, selon diverses filières. Certains avaient
fréquenté une école indépendante privée,
telles la Angle School of Orthodontics ou la Dewey School of Orthodontia,
aux États-Unis. Un petit nombre avaient suivi un programme d'études
supérieures en orthodontie offert dans une faculté de médecine
dentaire, par exemple, à la Columbia University, à
New York, ou à la Northwestern University, à Chicago.
Sinon, la majorité avaient été formés sous la
direction d'un orthodontiste expérimenté auprès duquel
ils avaient passé une année ou plus _ formation connue sous
le nom de préceptorat.
Il est intéressant de noter que la American Association
of Orthodontists a été constituée en 1901 à
St. Louis par un groupe de 10 membres fondateurs, présents à
la réunion de fondation. Aujourd'hui, l'AAO compte plusieurs milliers
de membres.
Donc, le 7 mai 1950, 24 orthodontistes canadiens prenaient
part à la deuxième réunion officielle de leur association,
à l'hôtel Edgewater Beach, à Chicago. Un grand nombre
de questions était à l'ordre du jour. L'un des premiers points
discutés fut le suivant : les orthodontistes canadiens désiraient-ils
avoir une association indépendante ou une association qui relèverait
de l'ADC, organisation nationale des professionnels de la dentisterie? Finalement,
les membres décidèrent fort judicieusement de s'adresser à
l'ADC afin de solliciter la création de sections pour les dentistes
membres de l'ADC limitant leur pratique à l'une des différentes
spécialités de la profession et, en particulier, la formation
d'une Section orthodontique.
Une proposition de statuts fut présentée
par le Dr G. Franklin et approuvée après des modifications
mineures. Nombre d'orthodontistes canadiens étaient à l'époque
membres de l'AAO. Certains craignaient que leur adhésion à
la nouvelle association canadienne mette en péril leur affiliation
à l'association américaine. Le Dr McIntyre, président
de l'ACO, lut une lettre du président de l'AAO réaffirmant
l'absence d'incompatibilité entre les deux sociétés
et la possibilité pour les Canadiens de demeurer membres de l'AAO
et de ses sociétés membres. L'AAO s'est autrefois montrée
très généreuse envers les Canadiens à qui elle
consentait les privilèges de membre à part entière.
Les orthodontistes canadiens étaient très heureux de savoir
que ces relations amicales seraient préservées.
Un autre sujet de grand intérêt et de controverse
concernait la politique du gouvernement fédéral quant à
la mise en uvre imminente d'un régime de soins de santé national
et la probabilité d'une certaine forme d'étatisation de la
dentisterie au Canada. Le ministre fédéral de la santé
avait avisé l'ADC que la phase médicale du régime entrerait
en application dans trois ans et que la phase dentaire suivrait un an plus
tard. On prévoyait que l'ADC demanderait conseil aux différents
groupes de spécialité quant à leur rôle dans
un régime de soins de santé. On peut se demander quelle contribution,
en termes d'importance, les orthodontistes canadiens pouvaient alors apporter.
En 1950, il y avait seulement 55 orthodontistes au pays, dont 35 étaient
membres en règle de l'association. Néanmoins, les orthodontistes
canadiens présents à la réunion votèrent une
résolution signifiant leur disposition à collaborer avec l'ADC
afin d'élaborer un régime de soins pour les enfants indigents
et firent parvenir une copie de cette résolution au Bureau des gouverneurs
de l'ADC.
Le point suivant à l'ordre du jour de cette réunion
était la présentation d'une résolution visant à
honorer la mémoire du Dr George W. Grieve, qui contribua d'une manière
exceptionnelle à la science et à la pratique orthodontiques.
Esprit extrêmement créatif et brillant clinicien, le Dr Grieve
avait acquis dans son domaine un renom considérable dont l'éclat
a rejailli sur le Canada. Il a été parmi les premiers orthodontistes,
avec le Dr Charles Tweed, de Tucson, à considérer l'extraction
judicieuse de dents comme nécessaire à la réussite
du traitement et de la phase de contention post-thérapeutique dans
certains types de malocclusions.
Une autre résolution fut également votée
en vue d'instituer « la chaire d'enseignement George W. Grieve en
l'honneur de notre distingué confrère ». Les deux résolutions
furent acceptées par l'ADC.
En juillet 1950, l'ADC approuva la formation de la «
Section orthodontique de l'Association dentaire canadienne », désignation
qui allait alors remplacer l'ancienne dénomination « Association
canadienne des orthodontistes ». La Section orthodontique avait ses
propres statuts, élisait son propre bureau, agissait en toute autonomie
et était responsable de ses dettes. Pouvaient adhérer à
l'association les orthodontistes canadiens dûment reconnus. Cette
affiliation à l'ADC procurait des avantages indéniables aux
orthodontistes canadiens. Compte tenu de leur faible nombre, une association
indépendante leur aurait conféré bien peu de poids
dans les questions politiques ou nationales. En tant que section, ils pouvaient
avoir voix au chapitre au sein de l'ADC, et celle-ci pouvait les représenter
sur la scène nationale ou provinciale.
D'emblée, l'association des orthodontistes a établi
une relation de collaboration avec l'ADC et a montré sa disposition
à assumer ses responsabilités, du reste nombreuses, dans les
régimes de soins dentaires provinciaux et nationaux.
L'effectif de la Section orthodontique est passé
de 35 membres, en 1949, à 107, en 1962. Cette année-là,
une modification importante fut à nouveau apportée aux statuts
de l'association dont le nom fut changé pour « Société
canadienne des orthodontistes ».
La Société canadienne des orthodontistes
est l'organisation nationale qui représente tous les orthodontistes
du Canada et a par conséquent la responsabilité d'assurer
que tous ses membres reçoivent une formation adéquate. En
1962, l'opinion sur la question était qu'une formation suffisante
en orthodontie ne pouvait être obtenue que dans le cadre de cours
d'études supérieures en orthodontie dispensés dans
les facultés de médecine dentaire et approuvés par
le Conseil de l'éducation de l'ADC. L'une des exigences optionnelles
pour l'adhésion à l'association _ soit, avoir suivi une formation
de type préceptorat _ n'était ainsi plus valide. En 1965,
on a donc modifié les statuts et supprimé toute référence
à la formation par préceptorat. Les critères d'admissibilité
pour devenir membre actif étaient modifiés de la façon
suivante :
« Peut devenir membre actif de la présente
association le praticien ayant une pratique exclusive de l'orthodontie et
n'ayant, par conséquent, aucun autre type de pratique que celle qui
est habituellement associée à la pratique de l'orthodontie,
et qui est membre en règle de son organisation dentaire locale, provinciale
et nationale, pourvu que le candidat exerce une pratique exclusive de l'orthodontie
depuis cinq ans, qu'il ait réussi une formation en orthodontie dispensée
dans une faculté de médecine dentaire autorisée reconnue
par l'Association dentaire canadienne, et qu'il détienne un certificat
ou un diplôme d'études connexes. »
Au fil des années et de l'évolution de la
Société canadienne des orthodontistes, ses statuts ont souvent
été modifiés. Ainsi, en 1968, on a modifié les
statuts afin de reconnaître la formation de sociétés
constituantes représentant les régions du Canada suivantes
: provinces de l'Atlantique (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse,
Île-du-Prince-Édouard et Terre-Neuve), Québec, Ontario,
provinces des Prairies et Colombie-Britannique. Ce changement structurel
a permis de consulter des représentants des différentes sociétés
constituantes sur toutes les questions. En 1969, la dénomination
« Société canadienne des orthodontistes » a été
changée pour « Association canadienne des orthodontistes »
par modification statutaire. En 1970 et ultérieurement, des changements
très importants ont été apportés à l'organisation
de l'association par modification des statuts. Chacune des sociétés
constituantes (maintenant au nombre de 7 au total) élit un représentant
à l'ACO. Le Bureau est composé du président, du président
élu, du président sortant, du premier vice-président,
du deuxième vice-président, du secrétaire-trésorier
et du président de la Fondation canadienne pour le progrès
de l'orthodontie. Les représentants des sociétés constituantes
(provinces de l'Atlantique, Québec, Ontario, Manitoba, Saskatchewan,
Alberta et Colombie-Britannique) se réunissent avec le Bureau pour
former un Conseil d'administration. Ainsi, toutes les décisions prises
par le Bureau et le Conseil d'administration sont fondées sur l'apport
de toutes les régions du Canada. De plus, l'ACO est représentée
aux réunions du Conseil d'administration de l'ADC; l'ACO peut ainsi
être informée des politiques et des problèmes de l'ADC,
et inversement, cette dernière peut demander conseil sur les questions
touchant spécifiquement les membres de l'ACO.
Le nombre de membres actifs de l'ACO est passé de
35, en 1949, à 588, en 2000. Parmi les groupes de spécialité
de l'ADC, l'ACO a été la première à se constituer
en association et compte l'effectif le plus important.
Préparé par le Dr R.D. Hyatt
Président de l'ACO, 1981
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